Démarche de l’atelier

La démarche de création d’objet a pris essence dès l’achat du temple :

Détournement majeur d’un lieu de culte en appartement, souci de respecter l’origine des lieux et leur configuration et ajustements nécessaires pour le rendre à nouveau vivant.

Souci de mettre en valeur certaines parties de l’architecture soit en accompagnant l’existant  (volets cintrés rappelant les voutes)  soit en mettant en évidence par un parti pris plus radical : structures plus cubiques et métalliques pour faire ressortir les courbes..

Dans un deuxième temps, nous avons cherché  à prolonger l’aspect détourné et atypique au travers la  conception des pièces et dans la réalisation de meubles :

Établi avec entonnoirs comme meuble de salle de bains, ciel de chaire en lustre pour la chambre par ex. Puis dans la réalisation de mobilier :

Meuble réalisé avec une portière de camionnette ancienne ….

Une énergie créatrice s’est révélée au travers cette rénovation et ces agencements, il fallait prolonger l’aventure et la partager

En proposant en gite dans un premier temps (le temps que notre ancienne maison se vende) : belle expérience de proposer des séquences de vie dans notre lieu avec toutes les anecdotes et explications que cela avait produit.

En créant une ligne de meubles détournés dans un second temps lorsque nous avons investi le temple comme lieu de vie

Créer un meuble c’est d’abord une émotion, un enthousiasme devant un objet (inexploité parfois rebus) mais qui suscite l’envie, qui mobilise l’énergie d’en faire quelque chose.. Parfois l’idée est là,  d’emblée parfois elle viendra plus tard par inspiration ou par association avec d’autres objets

Ensuite c’est un projet, en ce qui me concerne c’est vraiment la volonté qu’il retrouve une fonction «  que j’espère esthétique et pratique » : une table une console une bibliothèque …

Le parti pris  visuel  est d’associer bois et métal qui sont, pour moi, de parfaits antagonistes : le froid le chaud etc.. En cherchant à respecter la place et l’équilibre de l’un et de l’autre

Vient en finalité la technique de création qui nécessite parfois plus d’ingéniosité que de réelles capacités  techniques pour me détourner de ce qui n’entre pas dans mon domaine de compétences, tout en tentant de  les faire évoluer.

Ce que j’apprécie derrière cette action c’est la réaction :

Lorsque une personne visite elle commente questionne s’interroge  sur ce qu’elle voit, ce qui n’aurait pas été le cas si l’objet était resté dans son état d’origine, mais aussi parfois sur ce qu’elle possède – combien de personnes m’ont dit qu’elles me confieraient des objets dont elles n’avaient pas voulu se dessaisir ou qui auraient été voués à la déchetterie avec la certitude que j’en tirerais parti.

Je ressens une tension positive vers la volonté de restaurer, de recycler, prise de conscience anticonsumériste qui ne parait pas n’être qu’un effet de tendance.

Il est de notoriété publique que des vieux volets persiennes font de belles portes de placard, que des cagettes peuvent se concevoir en modules de rangement.

La sensibilité, l’esthétique sont en mouvements, les associations (par exemple une diversité d’assiettes sur  une même  table) autorisent le fait que l’imagination et l’originalité prennent le pas sur les codes et le conformisme

Cet exemple montre qu’il n’est plus une incidence de se séparer de son service de verres ou de vaisselle même s’il n’est plus complet …

Et l’affectif dans tout cela ?   La mémoire des objets et de ce qui relatent, il suffit parfois d’une patine pour pouvoir donner place à la commode de grand-mère, d’un petit plateau pour faire une desserte de sa machine à coudre sur laquelle elle a tant œuvré – je suis quelquefois porteur de cette mémoire  lorsque l’on me fait dont d’un objet en me relatant son histoire et les affects qu’il véhicule, j’en deviens  garant  et transmetteur.

Ces objets ont une vie, ils ne sont plus  simplement achetés mais investis ….c’est leur valeur ajoutée !!  Et c’est cette conscience qui me semble en plein essor.